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J’entre par la grande porte. Celle-là même où Félix Leclerc est entré des milliers de fois. Celle-là même qui a vu de nombreux artistes rire et rêver à la fenêtre au son de la voix de Félix. J’entre par cette grande porte et je me demande si cette porte verra de nombreux artistes encore aujourd’hui. Des artistes qui viendront s’inspirer de ce lieu unique, de ces paysages exceptionnels, de ses sons, de ses odeurs, de ses couleurs, de son histoire aussi. C’est ce que j’ai fait en vivant un mois en résidence en 2011. C’est ce que je souhaite à tous ceux qui fouleront le sol de la maison de Vaudreuil.

Le 2 mai dernier, les gens y sont venus, ils ont entendu des poèmes qui parlent de la fragilité, celle-là même qui nous emporte les uns après les autres. Celle-là même qui nous donne le goût de vivre, d’aimer plus fort, de s’entourer de belles et grandes choses, de regarder le saule enrouler ses branches dans le vent. D’épier l’oiseau qui fait son nid méticuleusement. Et puis Émile Nelligan est apparu, simple et fier, le poète avec ses grands yeux gris. Je vois le lac des Deux-Montagnes qui s’éveille sous la chaleur de ses yeux rêveurs. Ce lac qui conserve le secret des marcheurs, des cyclistes, des voyageurs et de tous ces poètes qui y passent le temps d’un court moment et qui espère y figer l’instant d’un regard, le ciel et l’eau l’un dans l’autre comme des amants qui se retrouvent enfin.

J’ai lu mes poèmes, ceux des autres (Émile Nelligan, Claudine Bertrand, Michel Pleau ) pour tisser des liens entre les mots. J’ai creusé tout au fond, j’y ai vu le silence de votre écoute et le bonheur d’entendre des paroles neuves, des images fines comme la glace. J’y ai vu l’enfant en chacun de nous qui, les deux pieds dans le ruisseau chez Félix, rêvait de découvrir un trésor incroyable. C’est ici, ce jour-là, que quelque chose d’indomptable que l’on nommait la vie, chantait.

Pour plus de détails, sur mon nouveau recueil Le son friable de l’étreinte,

visitez Les Éditions David:http://editionsdavid.com/products-page/le-son-friable-de-l-etreinte//DédicaceslectureMBFélix20150502_142528(0)Émilepoésie2015ClaudineetMB

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 »Entre ma mère et moi, un lien à jamais rompu. C’est ça la mort. Je voudrais avoir mieux connu la femme qu’elle était, j’essaie encore de mettre des mots sur ce qu’elle ne m’a pas dit, comme si elle pouvait m’être redonnée, corps et âme.  »

Louise Dupré, L’album multicolore

J’ai perdu ma mère dimanche dernier. Elle a donné son dernier souffle entre nos mains de filles éplorées. Elle n’avait que 64 ans, le regard bienveillant d’une mère pour son enfant. Ses yeux de cristal étaient aussi lumneux que le ciel ce jour-là. Il n’y avait pas un seul nuage à l’horizon. Le froid était intense dans la chambre entre nos corps et nos coeurs de femme. Le vide s’est installé au moment même où elle a décidé de lâcher prise. Où elle a été libérée de toutes souffrances. Un vide qui nous traverse soudainement et qui laisse place à la douleur de la perte.  Nous étions à ces côtés depuis 4 jours. 4 jours à espérer que le monde change, que notre mère puisse bénéficier d’une seconde chance. 4 jours à survivre avec elle, suspendu à sa respiration laborieuse. Puis à travers cela,  je me suis souvenue de ma mère lorsque j’étais enfant. De sa patience incroyable, de ses caresses, de sa passion pour la nature. Et je me suis mise à lui parler de tous ces souvenirs. De ma chanson préférée qu’elle nous chantait lorsque nous étions petites. (Maman tu es la plus belle du monde aucune autre à la ronde n’est plus jolie… )  Et je me suis mise à la regarder vraiment, son visage, ses yeux, son âme dans le brouhaha incessant de la vie ressortait violemment. Elle ornait chaque rayon de la chambre, elle circulait librement de ma soeur à moi. Elle n’arrivait pas à se détacher de ce que nous étions pour elle: Comment laisser mes 2 filles seules au monde? Comment prendre mes distances et partir vers un ailleurs que je ne connais pas ? Qu’elle ne voulait pas. Elle ne croyait pas y arriver. Il fallait à tout prix qu’elle y parvienne. Nos paroles étaient comme des claques sur son visage:  » Tu peux partir maman, Laisse-toi aller maman, tu peux prendre ton envol comme un petit oiseau si tu souffres trop maman.  » Et si elle ne voulait pas vraiment partir, et si elle n’avait pas pu dire, pu faire tout ce qu’elle aurait voulu faire. Et si… Nous restions là et qu’elle partait là-bas. Autre part, bien loin ou très près de ce que nous sommes.

On ne sait pas s’il y a quelque chose au-delà de ce que nous sommes physiquement. On espère tout de même, exister encore un peu, après, bien plus qu’à travers quelques souvenirs imprécis.  Et si nous existions tout de même, à l’extérieur du corps qui nous recouvre. Et si la lumière de nos yeux s’éteignait brièvement et se rallumait encore plus vive de l’autre côté de la rive. Et si nous pouvions réellement veiller sur nos proches et voyager librement où bon nous semble. Et si plus aucune souffrance, plus aucune inquiétude, plus aucun doute sur le monde nous habitait enfin. Et si nous avions la force et le courage d’y croire. Nous pourrions partir en paix, le coeur léger, l’esprit serein.

J’ai pris sa main, son visage, son petit corps de femme brisée, je lui ai dit une dernière fois je t’aime. Sachant fort bien que je pourrais lui parler après, sans entendre sa voix, sans voir son sourire et ses yeux brillés de bonheur. Ne plus croire qu’elle allait me prendre dans ses bras. Ne plus lui faire des aurevoirs en forme de coeur avec les doigts. Sachant tout de même que la mort existe bien plus fort, bien plus loin que ce que nous voyions d’elle. Qu’elle a toutes les formes, toutes les couleurs du monde et surtout qu’elle est là pour nous rappeler que tout se perd et qu’au final, l’amour d’une mère c’est le plus précieux des cadeaux.

‘n’aie pas froid dans ce coffre

cherche plutôt les rafales

où se fondent nos souvenirs

en un morceau d’océan »

Je promets d’être là, Éditions David, Marie-Belle Ouellet 2012 (recueil pour ma mère)

Marie-Belle Ouellet, Vaudreuil, 19 février 2015


Bonjour Martyne ! Je suis heureuse de te savoir entre ces murs. Tes images de givre sur la fenêtre me font penser au bel Émile Nelligan, à sa fragilité. J’espère que les journées sont bonnes malgré le froid, malgré l’absence de tes filles. Au plaisir de te lire encore et de te rencontrer.

Marie-Belle, artiste en résidence avant la restauration


photoClaudMichaud (2)

Il y a cet extraordinaire moment que nous ne savons pas saisir. Je parle ici de la vie qui nous glisse entre les doigts. Je parle de regarder ceux qui nous entourent, ceux que nous aimons. Je parle d’observer le bourgeon qui naît, la plante qui fleurit, le lac qui se déploie sous une tempête étoilée, les rivières qui chuchotent le jour et qui hurlent la nuit. Je parle d’entendre le chant du cardinal, le chant des merles qui bercent nos fins de soirée et l’aurore. Je parle aussi d’entendre le cri des enfants qui jouent au grand air, le coeur remplit de promesses. Je parle de nous nourrir de tout ça. D’en faire des brindilles pour rallumer le feu les jours de grands froids. Je parle de ces moments qui nous étonnent et que nous chérissons, justement parce qu’ils sont éphémères. Hier, l’un de ces moments s’est présenté à moi, et j’ai entendu les puissantes paroles d’une chanson au restaurant Olivia de Vaudreuil : La vie, l’amour, la mort de Félix Leclerc, chanté par Claud Michaud qui l’interprète si bien :

 » C’est beau la vie,
comme un nœud dans le bois
C’est bon la vie,
bue au creux de ta main
Fragile aussi,
même celle du roi
C’est dur la vie,
vous me comprenez bien.

C’est beau l’amour,
tu l’as écrit sur moi
C’est bon l’amour
quand tes mains le déploient
C’est lourd l’amour
accroché à nos reins
C’est court l’amour
et ça ne comprend rien.

C’est fou la mort,
plus méchant que le vent
C’est sourd la mort,
comme un mort sur un banc
C’est noir la mort
et ça passe en riant
C’est grand la mort,
c’est plein de vie dedans. »

 

C’est grand la mort,

c’est plein de vie dedans.

Si bien dit, si vrai et si troublant, vous ne pensez pas ??

Marie-Belle Ouellet, Vaudreuil, 22 mai 2014

Pour ceux qui veulent l’entendre, voici le lien:https://myspace.com/claudmichaud/music/song/la-vie-l-amour-la-mort-33128567-34216146

Femme poète


peu de mots

je traverse un désir
latent

les pierres saignent
sous la neige

j’habite déjà
l’envers de nos vies

mes mots suffisent
à l’ombre que tu es

il n’y aura pas de promesse
possible

il y aura toi
et ton silence définitif


Une poète de Vaudreuil : Invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières (Du 4 octobre au 13 octobre 2013)

 

 

 

 7 octobre 2013 :

 

Je débarque de l’autobus, je me souviens alors qu’il y a de nombreuses années, j’avais lu ma suite poétique, au Zénob, aux côtés d’une grande poète qui se nomme Claudine Bertrand. Cette soirée fut mémorable : Des poètes que j’avais lus étaient présents. Cette fois ci, Claudine ne serait pas là, je serai seule avec moi-même et avec eux. Nous serons nous. Durant trois jours, j’écoute les lectures de mes compères et je partage la musicalité et l’émotion qui habitent nos poèmes. Ces trois jours s’écoulent trop vite. Durant tout ce temps, je découvre Trois-Rivières, la Grande, je marche dans les rues près du port. Les bateaux y sont immenses et leur coque se découpe divinement sur le fleuve. La lumière y est pleine et vive. Les arbres sont immobiles, leurs couleurs expriment le bonheur d’y accueillir, chaque année, les poètes du monde entier. Je les sens chuchoter des vers en langue étrangère. Je baigne dans ce bonheur naturel qui envahit la nature et les murs de cette ville. Un air de bohème s’immisce dans le vent d’automne qui m’entoure. Je vais à la rencontre de mes pairs. Ils sont là, leurs yeux familiers se souviennent du bonheur et des souffrances qui tracent des silences entre nos vers. Nous continuons d’avancer la nuit, dans les rues de Trois-Rivières, les enfants que nous sommes sortent jouer dans le parc près de la corde à poèmes. Nous  tissons les rêves des hommes, des femmes et des enfants qui nous écoutent. Dans les rues, il y a des poètes : D’Égypte, d’Argentine, du Mexique, d’Allemagne, d’Australie… Nous venons de pays si différents mais nous parlons le même langage. Nous captons ce qui fuit entre nos doigts. Trois jours pour offrir une sensibilité poétique de la vie. Les mots se bousculent et s’échappent encore de nos lèvres : Voilà ! J’ai tout ce qu’il faut pour coudre l’aube à même la peau. J’arrive au bout du poème.  

 

Marie-Belle Ouellet, poète

Je promets d’être là

Image

 

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La perche


La perche

Un tronc pour passer vers un ailleurs désincarné. Inanimée du désir animal. Dans ce marais sauvage. J’embourbe mes chevilles de cette boue primale. J’attends l’aube afin de me construire une carapace souple qui me permettra d’aimer l’ombre suspendue aux branches de cet arbre mort.

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